Le triomphe de l’amour

Hier soir je me suis rendue au Théatre de Vidy voir Le triomphe de l’amour du réalisateur Bulgare Galin Stoev. Le résumé de l’intrigue ne pouvait que m’intéresser: “Dans cette comédie, l’on voit une princesse nommée Léonide se déguiser en homme et s’introduire dans une maison avec l’idée de se faire aimer de tous ses occupants.” Ne connaissant pas l’œuvre de Marivaux j’étais contente de retrouver autant d’éléments transgresseurs dans une pièce “classique” et j’ai donc acheté sans hésitation mon billet après avoir lu le descriptif. J’ai aussi persuadé ma compère intellectuelle, qui s’est montrée autant intéressée que moi, de m’y accompagner.

Ayant lu des critiques très positives sur la pièce et, particulièrement, sur le choix “radical” du réalisateur d’avoir une distribution de rôles entièrement masculine, nous sommes arrivées à Vidy pleines d’attentes. Ces attentes ont encore été attisées en lisant le Carnet de création distribué à l’entrée du théâtre. Dans ce carnet on peut lire que Stoev voit dans le choix de la distribution masculine une manière de s’éloigner du réalisme et aime l’idée d’avoir sur scène “un garçon qui joue une fille, laquelle joue un garçon qui joue lui même une fille…”. Bien que ces propos ne laissent pas entendre une réflexion “éblouissante” sur le genre, pour reprendre les termes de la critique faite dans Les Inrockuptibles, ils stimulent tout de même la curiosité.

La pièce commence par un dialogue entre la princesse Léonide et sa servante Corinne se tenant tout à l’avant de la scène. Après une minute de dialogue j’ai commencé à m’enfoncer dans mon siège, à respirer profondément, et, discrète comme je suis, j’ai même laissé échapper un soupire. J’ai pressenti que les deux heures devant moi allaient être longues. Elles ont, en effet, été très longues. Je suis restée enfoncée dans mon siège tout le long de la pièce et me suis occupée, en vain, à essayer de comprendre pourquoi le choix d’une distribution entièrement masculine semblait avoir fait la une des critiques. Marie-Pierre Genecand du Temps n’a aucun doute: ce choix “fonctionne à merveille et raconte de manière endiablée le trouble de l’identité et le travestissement. Consternation.

Moi je n’ai pas vu ça. Ce que j’ai vu, par contre, c’est des performances surjouées, en particulier celle de l’acteur jouant Léonide: il s’agit d’un homme qui personnifie une femme qui surjoue la “féminité”. La (sur)performance de la “féminité” par des sujets masculins est un trope galvaudé dans la culture occidentale. Ceci n’a rien de radical ni d’original et ne trouble en rien la question du genre. Cette surperformance est, par contre, soutenue par une culture misogyne qui d’une part construit la féminité sur la base des stéréotypes rodés –vanité, affectation, hystérie, histrionisme–, et d’une autre se moque de cette même “féminité” qu’elle construit. C’est pour cette raison qu’il est difficile de comprendre la longue histoire des “hommes” s’habillant en “femme” et surjouant la “feminité” autrement que comme une astuce cherchant à garantir la rigolade. Parce que “les femmes, ça c’est drôle!” Et ça marche. Le publique de samedi soir, par exemple, a trouvé hilarante l’une des scènes où Léonide était possédée par une crise d’hystérie –spasmes bronchiques compris– d’une exagération, à mon avis, agaçante.

Tout au long de la pièce j’ai fait l’exercice d’imaginer cette Léonide jouée par une femme. Il est claire que l’afféterie du personnage n’aurait eu aucun lieu, et donc, le rire facile n’aurait été dans aucun cas garanti. Marie-Pierre Genecand trouve l’idée “de faire de cette princesse une péronnelle capricieuse et colérique” très bonne. Moi, cette idée, je la trouve minable. Dans aucun cas la mise en scène de Stoev trouble l’identité du genre ni apporte des questionnements intéressants au sujet du travestissement. Bien au contraire elle défait le coté subversive de la pièce de Marivaux –qui met une femme au centre de l’histoire et la construit en tant qu’agent de son propre destin– la réinsérant dans un contexte traditionnel basant la notion de “féminité” sur des stéréotypes ennuyeux.

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